Retouches photos dans les magazines de mode : ça divise.

Dans la rue, sur des panneaux publicitaires, chez vous, dans les magazines… Les images retouchées sont  partout.

Retouches de matières (perfectionnement de la peau), de texture (éclairage ou assombrissement), d’ambiance (augmentation ou diminution des contrastes), ou encore de tons généraux (saturation des couleurs) : tels sont les procédés utilisés par les photographes pour rendre sublimes les photos des magazines, dont vous êtes accros.

Même si la beauté est une question de perception, les magazines féminins, surtout, usent et abusent de logiciels de retouches photos. Dernier en date, la couverture du numéro de Women’s Health de janvier 2015 montrant une Britney Spears si photoshopée qu’elle en devient presque ridicule.

Couverture Women's Health janvier 2015

Oui, un peu de retouches c’est bien pour rendre l’image plus attrayante, renforcer l’impact marketing et inciter les lectrices à acheter le magazine. Mais beaucoup de retouches et ça devient vite catastrophique, si bien que de nombreuses polémiques ont lieu à ce sujet depuis quelques années.

La retouche synonyme de tricherie

Vu comme une dérive, la retouche photo rend les publicités trompeuses pour le consommateur.  Les mannequins ou célébrités sont si déshumanisés qu’elles paraissent méconnaissables avec leurs yeux tirés à l’extrême, leur bras ou leur jambe en moins, leur cou de girafe, et j’en passe.

Ces images finissent même parfois par complexer les plus jeunes en pleine quête d’identification.

Des stars se sont dernièrement rebellées contre ces pratiques.

L’actrice britannique Keira Knightley explique “qu’il est important de montrer aux gens que leur apparence n’est pas ce qu’il y a de plus important”, et regrette l’uniformisation de canons de beauté. Elle a ainsi refusé que sa poitrine soit retouchée.

Kate Winslet, non plus, n’est pas friande de retouches photos. Elle est même formellement contre depuis 2003 alors qu’elle faisait la couverture du GQ britannique : “Je ne ressemble pas à ça et, plus important encore, je ne désire pas y ressembler”.

Mais il n’y a pas que les célébrités qui s’insurgent, des entreprises aussi.

Pionnier du genre, Dove avec son mini-clip “Dove évolution”, diffusé en octobre 2006 sur YouTube, s’est mobilisé contre les photographies retouchées.

Image avant/après dove évolution

L’agence Viva Model, de son côté, a réalisé un album photos, signé Scott Trindle, de mannequins au naturel.

Enfin l’enseigne britannique Debenhams garantit ses publicités sans aucunes retouches.

Mais des institutions plus reconnues ne sont pas non plus en reste.

A l’étranger, l’Association Médicale Américaine (AMA) a annoncé la mise en place d’une nouvelle politique contre le truquage des photos.

Depuis 2010, le gouvernement britannique, lui,  planche sur un moyen de contrôler les abus de retouches photo. , L’ASA, équivalent anglais de notre ARPP (Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité) censure même souvent les campagnes publicitaires trop retouchées.

 Côté français, c’est une autre histoire. L’ARPP s’est longtemps abstenue, affirmant que les consommatrices n’étaient pas dupes.

Le sujet est néanmoins revenu sur le tapis en 2009, avec Valérie Boyer, député UMP. Elle a ainsi proposé une loi pour que toute photo soumise à un traitement Photoshop soit accompagnée de la mention  ” Photographie retouchée afin de modifier l’apparence corporelle d’une personne”. La proposition avait alors été rejetée. 1 point aux Anglais.

Mais depuis peu, il y a une avancée significative en France.

Cette année un amendement a été déposé visant à éviter publicités truquées et supercheries : “Les photographies à usage commercial de mannequins […] dont l’apparence corporelle a été modifiée par un logiciel de traitement d’image afin d’affiner ou d’épaissir la silhouette du mannequin doivent être accompagnées de la mention : ‘Photographie retouchée’.”

Ne pas respecter cette nouvelle mesure sera sanctionné d’une amende de 37.500 euros.

Valérie Boyer s’est ainsi réjouie que “cette idée voit enfin le jour”. Elle pourrait être la réponse aux discours mensongers du domaine publicitaire et de la mode particulièrement.

Depuis 2010, un logiciel français révolutionnaire “Tungstène permet de détecter les retouches qui auraient été effectuées sur une photo. Il pourrait être utilisé dans le domaine de la mode et offrir en plus une réponse salutaire dans cet univers surmédiatisé.

Dans la mode c’est la règle (le cas Dior)

 

Logo de Dior

Tout le monde n’a pas le même avis. Certains sont plus nuancés et estiment que dans la mode c’est la règle : “Dior ne cherche pas à s’en cacher. La marque haut-de-gamme estime que sa clientèle s’attend à ce que les photos de ses campagnes soient retravaillées par des stylistes et des photographes.”.

La retouche synonyme d’interprétation

D’autres sont même carrément pour. Ils considèrent avant tout la photo de mode comme un art. Et tout logiquement, le photographe de mode comme un artiste.

Il exprime les valeurs, les volontés de la marque ou du magazine : ce qui importe, c’est le rendu. Mario Testino a, par exemple, retouché Kate Winslet sur la couverture du Vogue US de novembre 2013. Il a soit agit à la demande du magazine soit exprimé son ressenti lors de la prise. Car une photo est avant tout l’interprétation d’une scène, le vecteur d’émotions et d’impressions.

Photo d'un photographe

Où est le problème si un photographe exprime ce qu’il a ressenti à la vue de la scène ? Si ce n’est pas ce qu’on lui demande, alors pourquoi ne pas faire appel à des caméras de surveillance sans âme ? Pourquoi le laisse-t-on libre de choisir le cadrage, la composition, la mise en scène et pas le traitement ? C’est son job. Un photographe a le droit d’utiliser tous les procédés qu’il désire pour transmettre sa vision de la scène photographiée, au même titre qu’un auteur a le droit d’utiliser tous les mots qu’il désire pour transmettre une histoire. Utiliser la retouche photo revient à coller au plus près à ce qu’il a perçu lors de la prise de la photo. Son but est de faire rêver.

” Chaque contexte est différent et la limite d’acceptation de chacun est subjective”

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